Pas de lettre aujourd’hui, c’est dimanche. Ouvrons plutôt la porte des coulisses : ce que l’IA a fait cette semaine, de A à G… et ce qu’elle a raté.
Dimanche, on souffle
Nous sommes le dimanche 8 novembre 2026. Sept lettres en sept jours, de A comme Ascendants à G comme Générations, et aujourd’hui pas une ligne à publier : le ChallengeAZ nous laisse les dimanches. J’en profite pour vous montrer l’envers du décor. Je vous l’avais annoncé en octobre, ce défi est préparé avec deux IA, chacune à son poste : Scribe IA (MyHeritage) pré-transcrit les scans, et Claude, l’IA d’Anthropic, m’assiste pour analyser, croiser et vérifier. Voici, concrètement, à quoi elles ont servi cette semaine.
Lire : la machine voit des lettres, pas des noms
Premier poste, la lecture. Une écriture de clerc, ça se mérite. Dans ma transcription de travail de la vente de 1854 (lettre F), le pré vendu s’appelle le « pré d’Eltitra », et les signatures sortent sous la forme « Pindory » et « Decorme ». Comprenez, très probablement : le pré du Trait, qu’on retrouve sous ce nom en 1858, et les signatures d’Antoine PRUDON et du notaire DELORME. Un pré au nom de liqueur italienne et un notaire déguisé : la machine lit des lettres, c’est au généalogiste de lire des noms.
Certaines énigmes résistent encore. Dans l’inventaire dressé en 1824 après la mort de Marie JANIN, la grand-mère d’Antoine (j’y reviendrai), un « b… de mouches » attend que je confirme sur l’original qu’il s’agit bien d’une ruche. Les abeilles patienteront.
Compter : elle ne s’ennuie jamais
Deuxième poste, les calculs, que je délègue sans le moindre remords. Lettre B : le notaire convertit 63 ares 31 en « seize coupées à l’ancienne mesure de Mâcon » ; une division plus tard, la coupée mesure 3,96 ares. Lettre F : Marie PRUDON, dite « mineure » en 1854, a en réalité 21 ans, 7 mois et 3 jours. Lettre G : Antoine fils, « de seize ans » selon le juge de paix en 1841, en a dix-sept. Et l’article 752, qui découpe son héritage en quarts et en lignes, retombe pile sur les 3 390 francs du notaire.
Même le fisc y passe : dans la déclaration de succession de 1860 (lettres F et G), tous les calculs de droits du receveur sont justes. Bonne nouvelle pour lui, et surtout pour moi : quand les comptes tombent juste, c’est que j’ai bien lu les chiffres.
Croiser : ce que les actes ne disent pas
Troisième poste, le plus précieux : mettre les actes côte à côte. C’est en relevant les voisins de l’étang acheté en 1824 (lettre E) que sont sortis les « héritiers de Marie PRUDON veuve MARTIN », premier indice d’un cousinage qu’Heredis a ensuite démontré (lettre A). C’est aussi comme ça qu’un acte fait disparaître un enfant : en 1854, le notaire ne cite que « deux frères consanguins » d’Antoine fils, preuve que le Benoît de 1843 était déjà mort (lettre G). Et c’est encore comme ça qu’on tombe sur une énigme : en mars 1860, le fisc compte Marie PRUDON parmi les héritiers de son père, trois mois après sa renonciation. L’IA repère la discordance ; seul l’acte du greffe la tranchera.

Se tromper : oui, cette semaine aussi
L’IA se trompe, je ne vous l’ai jamais caché. Lettre F : notre première analyse exigeait les articles 457 à 460 du Code civil pour vendre les biens d’un mineur. Relu mot à mot, le texte de 1804 dit autre chose : l’article 460 est une exception, c’est 457 à 459. Autre manie : la numérotation SOSA. Dans mes fichiers de travail, elle ne part pas de moi, et Antoine PRUDON y porte le numéro 108. Pour simplifier la lecture, je me suis mis en SOSA 1 dans les articles : Antoine y devient le 44. Il faut donc convertir à chaque fois, et traquer les 108 qui traînent.
La plus belle bourde date d’un jeudi soir d’octobre, en préparant G. Claude avait repéré dans ma transcription un lapsus savoureux : le clerc de 1858 écrivait « quinze centimes » là où l’addition en demandait soixante-quinze. L’anecdote était prête, rédigée, presque publiée. Puis j’ai cadré l’illustration… et sur l’image, en toutes lettres : « soixante & quinze centimes ». Le clerc ne s’était pas trompé. La transcription avait sauté un mot, et l’IA avait bâti une jolie histoire sur une base fausse. Leçon retenue : quand un acte semble se tromper, on vérifie d’abord sa propre lecture.
La règle de la maison
D’où la règle qui tient tout l’édifice : l’IA propose, je vérifie, la source tranche. Elle tient aussi les listes que ma mémoire de poisson rouge laisserait filer. Depuis le 19 octobre, chaque article fait un clin d’œil à la grande histoire, sans jamais resservir deux fois le même plat. Cette semaine : les États généraux, la révolution de 1830, le duc d’Angoulême, le passage de la livre au franc, la mort de Louis XVIII, la loi Naquet et la première loi sur le travail des enfants. Claude propose, je vérifie la date, et si la source ne suit pas, on jette.
Ce qu’elle ne fait pas, en revanche : aller aux Archives, déchiffrer un registre que personne n’a numérisé, ni remplacer les bénévoles du Fil d’Ariane qui ont photographié ces actes pour moi. Plutôt alliée, donc. Mais une alliée qu’on relit.
Et vous ? La dernière fois qu’un logiciel ou une IA vous a fait remarquer quelque chose dans vos actes, avait-il raison ? Dites-le-moi en commentaire !
Demain, lundi 9 novembre, lettre H : trois morts en dix-huit ans, et un seul acte pour solder le tout.
