A – Ascendants : les racines paysannes de Bergesserin

Qui étaient vraiment Antoine PRUDON et Marie MARTIN avant que leurs noms ne s’inscrivent dans les minutiers des notaires de Cluny ? Remontons aux sources.

Cluny, 3 octobre 1841

Nous sommes le 3 octobre 1841, dans l’étude de Me DESROCHES, notaire à Cluny. Antoine PRUDON, 41 ans, propriétaire cultivateur aux Charrières de Bergesserin (71), veuf depuis un peu plus de six mois, signe d’une main assurée son second contrat de mariage (AD71, 3 E 10756). À côté de lui, Marie MARTIN, 26 ans, tailleuse, déclare ne savoir signer. Le clerc l’a présentée sans détour : « fille naturelle d’Aimée MARTIN ».

Ces deux-là sont mes ancêtres, mes SOSA 44 et 45. Avant de les suivre d’étude en étude tout ce mois-ci, une question s’impose : d’où viennent-ils ? Tout les oppose : l’âge, l’instruction, la naissance. Et pourtant… Commençons !!!

Antoine, l’homme sans acte de naissance

C’est un comble : l’homme qui laissera une belle pile d’actes notariés, testament autographe compris, n’a pas d’acte de naissance. Ou plutôt, je ne l’ai pas trouvé. Antoine PRUDON est né à Bergesserin le 29 frimaire an VIII (20 décembre 1799), quelques semaines après le coup d’État de Brumaire. La date ne fait aucun doute, ses actes de mariage la donnent. Mais l’acte lui-même manque à l’appel. Eh oui, ça arrive…

Ses parents, eux, ne se cachent pas. Son père, Benoît PRUDON (SOSA 88, 1762-1830), cultivateur laboureur, finira sa vie comme maire de Bergesserin. Le registre d’état civil en garde une trace saisissante : le 26 janvier 1830, il signe encore, en qualité de maire, l’acte de décès d’une habitante de la commune ; l’acte suivant, daté du 30 janvier, est celui de son propre décès, signé par son adjoint (AD71, 5 E 30/4, vue 134/145).

Sa mère, Adrienne DARGAUD (SOSA 89, 1770-1847), l’avait épousé, avec contrat du 5 février 1789, trois mois avant la réunion des États généraux, devant Me Étienne PHILIBERT, notaire royal… installé à Bergesserin même (AD71, 3 E 2399). Elle a 18 ans, ne sait pas signer, et ses parents lui constituent une dot de « mil livres ». Veuve, c’est elle qui organisera la transmission des biens en 1841 (rendez-vous à la lettre D).

Au-delà, la lignée s’enracine sans bouger d’un pouce : un autre Benoît PRUDON (SOSA 176), laboureur et peigneur de chanvre, marié à Marie JANIN (SOSA 177), puis Jean PRUDON, marié à Bergesserin en 1718 avec Jeanne PONCEBLANC. Quatre générations sous le même clocher, la terre aux beaux jours et le chanvre peigné l’hiver, à la veillée.

Extrait du CM PRUDON*DARGAUD « … ont par les présentes constitué à laditte Adrienne Dargaud leur fille… la somme de mil livres ». La dot d’Adrienne DARGAUD. Minute de Me PHILIBERT, 5 février 1789 – AD71, 3 E 2399. Reproduction : FDA.

Marie, la fille d’Aimée

Côté MARTIN, changement d’ambiance. Marie naît à Bergesserin le jeudi 27 avril 1815, en plein Cent-Jours, alors que Napoléon vient de reprendre le pouvoir (AD71, 5 E 30/3). Cette fois, l’acte existe bel et bien. Mais il ne nomme qu’une mère, Jeanne Aimée MARTIN, 23 ans. Du père, rien : ni nom, ni reconnaissance. Marie est née hors mariage, et elle portera toute sa vie le nom de sa mère.

Qui était-il ? Un garçon du village, un homme de passage, un homme déjà marié ? Les registres se taisent, et les notaires aussi. Ce silence fait partie de l’histoire de Marie, et je le laisse tel quel : il y a des mystères que l’on respecte.

Aimée, elle, sort de l’ombre grâce à un contrat de mariage. Le 21 décembre 1826, devant Me Louis PONDEVAUX l’aîné, elle épouse François DESMURS (AD71, 3 E 10876). Le clerc la présente comme « domestique, demeurant audit Bergesserin, chez M. BLAIS, fille majeure des défunts Claude MARTIN et Françoise PRUDON sa femme ». Voilà les grands-parents de Marie, Claude MARTIN (SOSA 182, décédé en 1822) et Françoise PRUDON (SOSA 183, 1759-1824), mariés à Bergesserin le 16 janvier 1781.

Le même acte offre à Marie sa toute première apparition chez un notaire. À l’article 6, sa mère lui donne 100 francs, « à Marie MARTIN sa fille naturelle âgée d’environ onze ans, née à Bergesserin, pour tous les droits qu’elle peut espérer de son chef ». François DESMURS devient son beau-père sans la légitimer. On peut y lire une précaution : avant d’entrer dans une nouvelle famille, Aimée règle la part de sa fille.

Pour vos propres recherches : lisez toujours les contrats de mariage des mères seules et des remariés. Ils nomment souvent ce que l’état civil laisse dans l’ombre.

PRUDON partout : cousins, et même deux fois !

Vous avez remarqué ? La grand-mère de Marie s’appelle Françoise PRUDON. Un PRUDON qui épouse la petite-fille d’une PRUDON, dans un village de quelques centaines d’âmes : hasard ou cousinage ? Les actes semaient des indices, comme ces « héritiers de Marie PRUDON veuve MARTIN », voisins de la première terre achetée par Antoine en 1824. Des indices, pas une preuve.

La réponse est venue de mon arbre. J’ai demandé à Heredis de chercher leurs ancêtres communs… et ce n’est pas un couple qui est sorti, mais deux : Catherin DARGAUD et Claudine BRIGON, Guillaume PRUDHON et Benoiste JANANS. Surprise : le chemin ne passe pas par le nom PRUDON d’Antoine, mais par sa mère, Adrienne DARGAUD.

Tout se noue le 10 février 1656, au hameau des DARGAUD (actuellement Argaud), à Matour, chez la veuve de Catherin DARGAUD. Devant Me Claude PRÉVOST, notaire royal à Buffières, on passe un contrat de mariage… en gros (AD71, insinuations laïques du bailliage de Mâcon, B 1358). Deux filles de la maison épousent deux cousins PRUDHON « dits Andreil », de Champloi, et le même acte prépare déjà le « mariage espéré à faire » entre Benoiste PRUDHON, sœur de l’un des mariés, et François DARGAUD, frère des mariées. Un frère et une sœur d’un côté, une sœur et un frère de l’autre : leurs fils, Jean DARGAUD (né en 1670) et François PRUDHON (né vers 1665), sont des cousins germains doubles. Le premier est l’arrière-grand-père d’Antoine, le second l’arrière-arrière-grand-père de Marie.

Résultat : Antoine et Marie sont parents au onzième degré civil, au sixième degré canonique. L’Église n’exigeant de dispense que jusqu’au quatrième degré, rien ne s’opposait à leur mariage. Le savaient-ils seulement ? Rien, dans les actes, ne le dit.

Antoine PRUDON et Marie MARTIN, parents à la 5e et à la 6e génération. Capture personnelle.

Deux absents, une même terre

Un acte de naissance qui manque, un père jamais nommé, deux cousins qui s’ignorent : voilà mes ascendants de la lettre A, enracinés depuis au moins deux siècles dans le même coin du Clunisois. Et vous, avez-vous déjà croisé un contrat de mariage collectif comme celui de 1656 ? Racontez-moi en commentaire !

Demain, lundi 2 novembre, lettre B : après les personnes, le décor. Plantons Bergesserin.

Sources :

Archives départementales 71 (AD71) :
CM PRUDON*MARTIN, 3/10/1841, Me DESROCHES, 3 E 10756
CM PRUDON*DARGAUD, 5/2/1789, Me PHILIBERT, 3 E 2399
CM DESMURS*MARTIN, 21/12/1826, Me PONDEVAUX aîné, 3 E 10876
Vente AUGOYAT à PRUDON, 29/5/1824, 3 E 12281
CM DARGAUD*PRUDHON, 10/2/1656, Me PRÉVOST, B 1358
État civil de Bergesserin, 5 E 30/3, naissance de Marie MARTIN en 1815, et 5 E 30/4, actes de décès des 26 et 30/1/1830
Arbre Heredis (au 18/10/2026)
Lien sur Antoine PRUDON dans Geneanet : ici !

Author: Cyrille

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