Nous sommes le samedi 23 mai 2026. Sur mon bureau, cinq fiches Heredis : Antoine PRUDON, Marie MARTIN, Marie LITAUDON, Michel DESCOMBES et Catherine PERRON. Une poignée d’actes notariés, beaucoup de questions, et une idée un peu folle : raconter la vie de ces paysons de Bergesserin à partir de ce que les notaires en ont gardé. Et pour m’y aider, j’ouvre… une conversation avec une intelligence artificielle.
Cinq mois plus tard, c’est officiel : je participe au #ChallengeAZ 2026 ! Vingt-six articles, un par lettre, publiés du dimanche 1er novembre (A) au lundi 30 novembre (Z°, tous les jours saufs les dimanches 8, 15, 22 et 29. C’est parti.

Trois familles, un village
Le terrain de jeu, c’est Bergesserin (71), petite commune du clunisois. Au centre, mes ancêtres Antoine PRUDON (1799-1859) et Marie MARTIN (1815-1889), mes SOSA 108 et 109. Autour d’eux, la famille DESCOMES, qui va s’inviter dans l’histoire de façon… disons, inattendue. Jugez plutôt : veuve, Marie MARTIN se remarie en 1862 avec Michel DESCOMBES, veuf lui aussi. Six ans plus tard, son fils Benoît PRUDON épouse Antoinette DESCOMBES, la fille de Michel. Vous suivez ? Moi non plus, au début…
La pêche aux actes : où en est-on ?
Les petites gens n’écrivent pas leurs mémoires, mais ils passent chez le notaire : pour se marier, acheter un pré, emprunter, et finalement laisser un inventaire de leurs meubles jusquà la dernière cuillère en étain. C’est cette mémoire-là que je suis allé chercher dans les minutiers des Archives départementales de Saône-et-Loire.
À ce jour, ma base de suivi compte 77 actes identifiés, du contrat de mariage LITAUDON*VERJAT de 1777 au contrat PRUDON*SÉNÉGAL de 1887, plus une déclaration de succession de 1925. Ils ont été passés devant une quinzaine de notaires, de Cluny à Dompierre-les-Ormes en passant par Clermain et Suin. Sur ces 77 actes, 45 sont aujourd’hui (10 octobre) transcrits et analysés, 5 attendent leur transcription, 2 demandes sont en cours au AD71… et 25 restent à localiser. Certains ne le seront jamais : une vente de 1846 à Michel DESCOMBES, par exemple, a tout bonnement disparu du minutier. Eh oui, ça arrive…
Autre aveu, tant qu’on y est : n’habitant pas sur place, je n’ai pas pu m’installer des semaines entières en salle de lecture à Mâcon. Tout s’est fait à distance, au rythme des demandes de recherche et reproduction traitées par les bénévoles du Fil d’Ariane, et le temps m’a manqué pour réunir l’entièreté des actes identifiés. Il a donc fallu choisir. Les actes qui portent l’histoire sont tous là : contrats de mariage, inventaires après décès, partages, tutelles, testaments. Quelques actes secondaires (quittances, cessions de créance, petites ventes) ont dû rester de côté. Ils attendront des jours meilleurs… ou un prochain ChallengeAZ !
En chemin, un cinquantaine de reproductions ont été commandées via les Fil d’Ariane (un immense merci aux bénévoles), et la galerie de personnages a enflé : 122 fiches individuelles dans ma base, dont 19 ancêtres direct et 12 notaires, et 354 individus dans l’arbre du projet.

Oui, il y a plein d’IA dedans (et je l’assume)
Autant vous le dire franchement : ce ChallengeAZ est préparé avec deux IA, chacune à son poste.
La première intervient dès la lecture des actes : Scribe IA, l’outil de MyHeritage, me fournit une pré-transcription de chaque scan. Face aux pleins et déliés d’un clerc pressé de 1830, c’est un sacré gain de temps… mais rien qu’une base de travail. Je reprends ensuite chaque ligne sur l’original pour corriger les noms propres, les lieux-dits, les montants, remplacer par un « illisible » les interprétations douteuses.
La seconde, Claude, l’IA d’Anthropic, me sert d’assistant de recherche une fois la transcription corrigée. Concrètement, elle analyse chaque acte selon une grille fixe de 14 rubriques (les parties, les biens, les montants, les témoins…), elle confronte les actes entre eux et avec mon GEDCOM, elle tient les tableaux de suivi, et elle a même rédigé un guide de style à partir de quinze de mes anciens articles pour que mes brouillons d’articles sonnent « Vieux Bourguignons ».
Ce que ces IA ne font pas : aller aux archives, identifier les actes, décider à ma place, et inventer des circonstances. La règle du jeu est simple : chaque fait que vous lirez renvoie à un acte, avec sa cote aux AD71. Et l’IA se trompe parfois. Il a fallu établir, par exemple, qu’il existait non pas deux, mais trois notaires PONDEVAUX, qu’un « Charruiat » griffoné en 1860 était en réalité le notaire CHACHUAT, et qu’on croise dans les actes quatre CHACHUAT différents (un maire, un créancier, un forgeron et un notaire !). Ces confusions, on les a démélées ensemble, actes à l’appui. Un premier audit de cohérence complet du projet a même été mené en septembre pour traquer les contradictions, avec l’intention d’en mener un second juste avant le début des publications des articles.
L’IA en chiffres
Pour les curieux, voici le bilan de cette collaboration depuis le 23 mai : 16 conversations dans le projet (une conversation peut regrouper ce qui a trait à un notaire, un lot de parcelles, une sous-branche de l’arbre…), auxquelles s’ajoutent de nombreuses sessions où l’IA travaille directement dans mon dossier de recherche, sur au moins une quarantaine de journées. Côté production, les transcriptions réprésentent environ 59 000 mots… et les analyses plus de 200 000 mots. Plus de trois mots de commentaires pour un mot d’acte : l’IA est encore plus bavarde qu’un notaire du XIXe siècle, ce qui n’est pas peu dire !!!
En résumé (chiffres au 10 octobre 2026) :
- 16 conversations dans le projet, plus les sessions de travail sur le dossier
- 45 actes transcrits (pré-transcription Scribe IA de MyHeritage, puis relecture sur le scan), environ 59 000 mmots
- Plus de 200 000 mots d’analyses et 49 documents Word d’analyse normalisés
- 93 documents dans la base de connaissances du projet
- 1 procédure d’analyse sur mesure, 1 audit de cohérence, 7 schémas (arbre, carte d’enchainement des actes, fiches de couples), 22 fiches communes (pour normaliser les lieux-dits)
- 26 brouillons (environ 34 000 mots), en cours de réécriture
Le programme
De A comme Ascendants à Z. omme Zoom arrière, en passant par l’étang acheté en 1824, les inventaires après décès, la tutelle, les dettes qui traînent sur trente-cinq ans ou le testament d’Antoine, chaque lettre ouvrira un tiroir de cette saga ordinaire de petits propriétaires du clunisois. Et je vous raconterais aussi les coulisses : les impasses, les coups de chance, et ce que l’IA apporte vraiment (ou pas) à la recherche généalogique.
Et vous, l’IA a-t-elle déjà mis les pieds dans votre généalogie ? Plutôt alliée ou plutôt intruse ? Dites-le-moi en commentaire… et rendez-vous le dimanche 1er novembre pour la lettre A !

Très curieux de suivre ce challengeAZ après la lecture de ce teaser qui fait vraiment le job. N’ayant pas eu l’occasion, ou le besoin, pour le moment d’utiliser l’IA pour mes recherches ou autres, j’espère qu’il y aura quelques explications concernant la partie « assistant de recherches » qui semble bien intriguante à lire comme cela. A bientôt donc!